07.10.2007
Thermostat 9
Cette semaine, un matin, en cours de littérature, je me suis senti vraiment mal. J’ai senti mon cœur se serrer.
La faute à un bouquin. Je l’ai lu plein de fois ce bouquin. Et jamais ce passage n’a attiré mon attention ou alors très peu. Mais ce matin, c’était différent. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être que je suis stressé en ce moment et que je suis plus réactif. Ou alors l’intonation de la personne qui a lu. J’ai cru que j’allais devoir sortir de la salle. Dehors, prendre l’air frais, pour me calmer. Ne pas m’écrouler à genoux et chialer.
C’est l’histoire d’un homme qui découvre à quel point sa femme est importante à ses yeux lorsqu’elle n’est plus qu’un tas de cendres. Lorsqu’il n’entend plus sa voix. Ne sent plus son parfum. Lorsqu’il voit que ses pantoufles sont toujours rangées à la même place. Elle n’existe plus que par le vide. Le vide qu’elle a laissé avec quelques gribouillis sur le carnet du téléphone.
Sa voix j’aimerais bien l’entendre. Juste une fois. Pour être sûr qu’elle est fidèle à mon souvenir. Son parfum, j’en ai une bouteille dans la salle de bain. Je ne l’ai pas senti depuis trois ans. Peut-être est-il temps ? Les gribouillis, je les ai. Des cartes d’anniversaire ou de félicitations. Je les ai regardé il y a six mois, dans mon ancienne chambre, celle où j’ai grandi. J’ai pas pleuré. J’ai pas réussi.
J’ai attendu mon père mourir tout un après-midi. Ce que ça peut être long un après-midi. J’ai même été acheté un jeux vidéo, histoire de faire quelque chose de mes mains, et d’avoir l’esprit occupé. L’hôpital nous appelait, il fallait vite venir. Une fois arrivé, on nous disait que non, c’était pas encore le moment. On restait un peu avec lui. Je pressais sa main toute chaude et douce. Gonflée à cause des médicaments, potelée comme celle d’un bébé. Et puis il est mort en fin d’après-midi il me semble.
Le lendemain matin, je n’avais que ça en tête. Il était partout. Le vieil homme dans la rue ma rappelait que mon père, lui ne connaîtrait jamais la vieillesse. L’enfant me rappelait qu’il ne connaîtrait jamais les miens aussi improbables fussent-ils. Et bien sûr, l’enfant donnant la main à son père me rappelait tout ce que je n’avais pas eu ou tout ce dont je ne me souviens pas.
Car si seulement je pouvais me souvenir à quel point c’était un bon père.
Non, ces souvenirs enfantins sont perdus pour la plupart et je n’ai plus que ceux de l’adolescence où je me cherchais et où nous cherchions continuellement jusqu’à en venir aux mains. C’est vrai qu’il était con et borné mais je l’étais tout autant. Pourquoi n’a-t-il pas pris sur lui ? C’était à lui de le faire, pas à moi. C’est dans l’ordre des choses d’être con lorsqu’on est ado.
Je vivais mon adolescence et lui sa déchéance. Jusqu’au jour où il a fini dans un four pour me laisser seul avec mes regrets. Et chaque jour, un de plus vient s’ajouter aux autres, bien malgré moi.
11:05 Publié dans Au jour le jour... | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
02.10.2007
Tu veux un bout de mon coeur ? C'est de la guimauve.
Un mois déjà que je travaille dans une école maternelle. Loin d’être une vocation, c’est juste le bon plan qui permet de gagner un peu, tout en étant bien au chaud, sans le moindre client con, et pour couronner le tout : un repas équilibré. Il m’aura suffit d’avoir le cul bordé de nouilles et de rencontrer la bonne personne au bon moment pour me retrouver entre le dortoir et la cantine.
Seulement voilà, moi les enfants, j’aime pas. Bruyant, puant, remuant, un gosse c’est comme un mec. Sauf qu’un mec comprend, généralement, quand on lui dit de se la fermer et qu’il est muni d’attributs valant la peine qu’on lui porte une légère attention. A noter, que fidèle à moi-même, je me lasse de tout très vite et que ma patience est aussi grande que Sarkozy (toute petite).
Autant dire que si je partais gagnant, parce que je pars toujours ainsi, je savais que cela serait un défi pour moi, au pire un supplice, de garder ce job toute une année.
La première semaine, j’ai fait pleuré une table de six enfants.
Moi : C’est du poisson, tu en veux ?
Eux : Du poisson ? Comme Némo ?
Moi : Oui.
Eux : On mange Némo…
La rumeur se répand rapidement : Némo est dans leur assiette. Ils se mettent tous à pleurer les uns répondant aux autres. Je devrais leur prouver que ce n’est pas Némo puisque le poisson dans leurs assiettes est blanc et non pas orange et bleu. Ouf !
La deuxième semaine, j’ai failli circoncire pour la deuxième fois le petit Mohammed. Le petit Momo aurait porté ce surnom à vie s’il n’avait pas crié. Quelle idée de me mettre une arme de catégorie six entre les mains : la braguette.
Depuis, j’en ai presque assommé un à l’aide d’un ballon et Hadrien est tombé dans la cuvette par ma faute.
A chaque fois que je sors de cette école je suis crevé mais armé d'un grand sourire.
Je m’y suis attaché à ces petites choses. Alors que je les trouvais collant au début, je m’inquiète à présent de ne pas les voir se cramponner à mes jambes.
Je n’irai pas jusqu’à dire que j’aime les enfants. Disons que j’apprécie ceux âgés de deux à cinq ans à partir du moment où leur présence m’est obligatoire.
L’innocence, la candeur, les sourires, les rires, les petites mains toutes collantes, la joie de vivre… Tout ça me touche et bien plus encore. Qui l’eût cru ? Quand je pense qu’ils seront certainement des adultes que je détesterai un jour alors que ce midi je riais avec eux quand bien même j’avais un slip Spiderman plein de merde dans la main droite.
Les enfants, c’est bien parce que c’est pas encore assez humain. Du moins, jusqu’à ce que leurs parents arrivent…
18:25 Publié dans Au jour le jour... | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
29.09.2007
Keep smiling !
Rentrée universitaire effectuée. Je pense qu’il n’y a qu’à Lille 3 qu’ont peut trouver la moitié des profs de son cursus absents pour la rentrée. Les absences étant bien évidemment annoncées quelques minutes avant le début du cours. Vous êtes trempé, enrhumé, débordé, et vous vous êtes déplacé pour rien mais pourtant vous continuez de sourire. Car vous, vous ne vous êtes pas levé à cinq heures du matin pour prendre votre train parce que vous habitez dans un autre département.
Vous souriez moins quand vous vous faites passer un savon par votre prof de littérature parce que vous n’avez pas acheté un livre de poche de quatre vingt pages coûtant 8,50 euros. Vous retrouvez le sourire en vous disant que le prof est vraiment un gros con quand il part faire des photocopies du dit bouquin pour qu’on puisse suivre son cours. Douze photocopies exactement. Pour une cinquantaine d’étudiants n’ayant pas acheté le livre. Vous finissez tout de même par commander le livre (en faisant la gueule) uniquement disponible sur le net et vous êtes déconfit lorsqu’un mail bien poli vous annonce que le livre est en rupture de stock et qu’il faudra attendre quinze jours avant de le recevoir.
Vous retrouvez immédiatement le sourire lorsque vous allez bosser et que vous vous retrouvez entourés d’enfants âgés de trois à cinq ans qui vous bombardent de leurs sourires. Le vôtre s’efface légèrement quand vous vous dites que vous êtes trop attachés à eux. Comment peut-on s’attacher à une cinquantaine d’enfants en moins d’un mois. Jamais j’aurais cru ça possible. Et pourtant. Je connais leurs noms, leurs surnoms, comment les convaincre de manger, d’être calme, les rassurer… J’ai ma petite méthode pour chacun d’entre eux. J’ai le droit à cinquante bisous tous les midis et presque autant de câlins avant de retourner en cours. Mais j’ai la mine sombre lorsque j’entends que c’est difficile pour un homosexuel de s’occuper d’enfants. Parce qu’homosexualité rime avec pédophilie dans de trop nombreuses têtes. Si ces têtes savaient seulement que la moitié des encadrants, y compris les professeurs, sont gays ou lesbiennes et que leurs enfants sont parfaitement heureux dans leur école. Les enfants ont du mal à savoir s’il l’une des lesbiennes est un homme ou une femme, certes. Mais ce ne sera assurément pas la dernière fois de leur vie qu’ils se poseront cette question.
J’ai la banane quand je croise mon chéri dans les couloirs de la fac, étudiant modèle avec son petit cartable et entouré de sa petite cour de femmes. Et on repart dans notre chez nous, ensemble, en voiture, en se racontant nos cours. A la maison, je regarde alors la pile de factures et je hausse les épaules.
Et si, pour une fois, je ne retenais que le meilleur pour oublier le reste ? Ne serait-ce qu’un temps ? Comment ça c’est vivre dans le déni ?
C’est prendre la vie du bon côté.
Et ça fait du bien des fois.
10:55 Publié dans Au jour le jour... | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
20.09.2007
Thérapie
Je devrais éteindre définitivement cette télé. Entendu sur NRJ12 :
"J’essaye de cacher mes sentiments comme un volcan"
J'aurais aimé traversé l'écran pour lui dire d'essayer de se cacher dans un volcan. Bien sûr, si un tel tour de magie était possible, je passerais mon temps à faire la justice au sein de la petite boîte. Mais sans collants, hein.
Parfois, je suis tellement heureux d’être moi. Je vais la laisser allumer en fin de compte.
Aaahhh la télé et ses bienfaits, on en viendrait presque à aimer TF1.
09:30 Publié dans Au jour le jour... | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
18.09.2007
Qui a pris mon humanité ?
La Braderie est déjà loin, et si on peut y faire de mauvaises rencontres comme des moules tellement peu fraîches qu’elles tentent de vous convaincre de ne pas les manger ou bien des patrons de restaurants (notez que c’est généralement chez eux qu’on retrouve les moules parlantes) qui vous annoncent à la dernière minute qu’ils ne vous payeront que six euros de l’heure, on peut aussi faire connaissance avec des gérants de restaurants tout à fait sympathiques et appréciant votre travail. Aussi après avoir travaillé pendant toute la Braderie, m’appelle-t-on certains soirs de la semaine pour jouir de mes services de serveur.
Hier fut un de ces soirs. Bien content de finir à 23h et en plus d’être gentiment raccompagné chez moi, je me dirige vers ma porte d’entrée. Je suis tout content de finir tôt, de retrouver mon chéri et je pense à la bonne part de tarte aux pommes et à la cannelle de jolie-maman qui m’attends dans le frigo. Bien sûr tout était trop beau, il fallait obligatoirement quelque chose pour venir ternir mon petit moment de bonheur : les poubelles éventrées et leur contenu répandu sur le trottoir. Non seulement ce n’est ni hygiénique ni esthétique mais en plus, je n’ai pas envie que ce que je jette soit étalé ainsi à la vue de tous. Mais là ce ne sont pas les poubelles que j’ai descendues en partant bosser. Non, je n’ai rien jeté qui ressemble à un ballon recouvert de poils. Les gens peuvent avoir de ces trucs bizarres chez eux. Quelques pas supplémentaires et je me rends compte que cela sent le vin bon marché. Je me dis donc automatiquement que ce sont les poubelles de mon voisin de palier. Deux pas de plus et j’aperçois un pantalon clair étendu par terre. Il prolonge bizarrement le ballon recouvert de poils. Je plisse les yeux pour tenter de percer la pénombre. Mon rythme cardiaque s’emballe tandis que mes jambes accélèrent vers la porte de l’immeuble.
Alors que je peine à faire pénétrer la clef dans la serrure, je réalise qu’il y a quelqu’un qui dort sur le trottoir devant chez moi. Je referme la porte derrière moi, choqué. Un sentiment de culpabilité m’assaille immédiatement. Il y a quelqu’un dehors, allongé sur le sol et tout ce que je trouve à faire c’est me réfugier chez moi ? J’aurais dû lui demander si ça allait. Mais il empestait l’alcool, s’il avait eu une mauvaise réaction ? Je pense qu’il ou elle est simplement assoupi(e), vu la position de son corps cela ne peut pas être un malaise. Enfin, suppose… Appeler la police municipale ? Pour qu’il le passe à tabac s’il réagit mal ? Après tout, il ne fait rien de mal, il n’embête personne, il dort juste. Comment puis-je me dire que c’est mieux pour cette personne de dormir dehors ? Je n’ai même pas une couverture à lui porter. Et si j’en avais eu une l’aurais-je seulement fait ? J’ai oublié mon morceau de tarte pour me coucher directement en pensant qu’il y avait quelqu’un dans la même position que moi dehors, sur le sol, collé au mur pour se protéger du vent.
Quand je sortirai le lendemain matin pour aller travailler, il sera toujours là, la tête dans un sachet pour se protéger de la pluie et recouvert de cartons. Seul fait rassurant, il aura changé de position dans la nuit. A mon retour, il ne sera plus là. Seules traces de son passage, les sacs poubelles éventrés. Mes poubelles à moi. Maintenant quand je jette quelque chose, je ne peux pas m’empêcher de penser que cela servira peut-être à quelqu’un, que ce soit un morceau de tarte à moitié entamé ou une couverture miteuse.
Quand je me suis installé sur Lille, j’ai reçu tout un tas de guide de la part de la mairie afin de me permettre de profiter au mieux de cette magnifique ville si heureuse de m’accueillir.
Aucun n’indiquait comment réagir à cette situation.
19:35 Publié dans Au jour le jour... | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note