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25.10.2007

The Bree inside of me

Bientôt deux mois que je travaille dans cette école maternelle et je pense pouvoir dire que je suis apprécié. Comme d’habitude ou presque, j’ai mis tout le monde dans ma poche. Non seulement parce que  je fais bien mon travail mais en plus, difficile pour des femmes ayant la trentaine de résister à mon charme, mon humour, mon côté enfantin... Quant aux hommes, ils ont eux aussi la trentaine et sont pédés. Dans ma popoche, naturellement. Alors qu’on pourrait penser que je suis obligé de ramper pour avancer tant mes chevilles ont enflées, il n’en est pas du tout question. Car une personne me résiste. Une irréductible lesbienne.

 

 

 

Une matriarche plus plate que moi avec chemise de bûcheron, pantalon de velours, voix de fumeuse et accent du ch’nord, le tout embaumé d’after shave bon marché. Vous pensez que j’exagère ? Je minimise. La seule chose de féminin chez elle, c’est son prénom. D’ailleurs, certains enfants déduisent que c’est une femme grâce à son prénom. D’autres pensent qu’elle est un homme. Le reste alterne entre « il » ou « elle ».

Au début, elle faisait comme si je n’existais pas. Fort bien, ce n’est pas parce que je n’ai aucune ride que je suis bon à rien et que je n’y connais rien aux gamins. Sauf que si en fait. Au final, il me fallait toujours aller la voir pour lui demander conseil. J’essayais un maximum de  ne pas en arriver là en me rapprochant de mes autres collègues mais leur réponse était toujours la même : « Va la voir, elle sait.» Et elle savait.

 

 

 

Malgré mes diverses tentatives pour lui montrer que je m’intéressais à ce que je faisais, que j’aimais cela et que ce n’était pas un vulgaire job alimentaire, elle restait de marbre devant moi et continuait de m’ignorer. Je n’ai pas l’habitude de faire d’efforts pour plaire et je ne cherche pas à plaire à tout prix. Mais là c’était différent. Elle était

en position de force car j’avais besoin d’elle et elle n’avait guère besoin de moi. Et ça,  je supporte pas.

 

 

 

 Heureusement que je suis génial. Les enfants l’adorent parce qu’elle leur dessine plein de  trucs tout mimi qu’ils vont pouvoir colorier. Seulement moi, je sais que les enfants préfèrent Batman et Dora aux nounours qui se font des papouilles. Je me suis donc entraîné à les dessiner. Et figurez-vous que « succès » pourrait être mon quatrième prénom. Vous n’imaginez même pas la jubilation que j’ai ressentie quand un gamin lui a sorti qu’il ne voulait pas de ses « ours tout pourris » mais préférait Batman. Et devinez qui est venu me voir pour apprendre à dessiner notre ami qui fait des galipettes tout vêtu de latex ?

Matt : 1, Lesbienne : 0.

 

 

 

J’avais gagné une bataille mais pas la guerre. Car si elle avait remarqué que j’existais, je m’en suis vite mordu les doigts. Toujours derrière moi, son jeu favori est devenu celui de passer son temps à dire blanc quand je dis noir aux enfants. En gros, saper mon autorité.

Aujourd’hui, j’interdis aux enfants d’aller jouer avec les poussettes qui sont dans le coin de la salle de jeu juste derrière moi parce que je ne pourrais pas les surveiller puisque je suis occupé à confectionner des masques pour Halloween. Elle réagit aussitôt et leur dit qu’ils peuvent y aller. Je la regarde droit dans les yeux, lui fait mon plus grand sourire, je sens les veines de mon cou se contracter. Je m’assois et continue mon atelier de masques tandis que les gamins hurlent dans mon dos.

 

 

 

Quelques minutes plus tard, alors que je me retrouve seul à découper ces foutus masques, les cris cessent. Pour laisser placer à des chuchotements. Je me tourne légèrement pour voir de quoi il en retourne. Ils ont ouverts les pots de pâte à modeler... Ma bouche s’ouvre pour intervenir puis se referme aussitôt. Je retourne à mon découpage, un sourire sur le visage. Dix minutes plus tard, des pleurs. La petite Océane qui a les cheveux blonds d’un ange d’habitude, les a agrémenté de grosses boulettes de pâte à modeler rose. Et il en va de même pour les quatre autres enfants.

 

 

Ma lesbienne débarque alors, accompagné du directeur avec qui elle discutait. Elle tape une gueulante et me regarde. Elle  n’a pas le temps de l’ouvrir que je lui balance calmement : « C’est toi qui les a laissé jouer dans ce coin, je pouvais pas les surveiller ils sont dans mon dos ! » Et au tour d’Hugo qui arbore une magnifique guirlande de pâte à modeler bleue et verte dans ces cheveux d’ajouter : « Oui, c’est toi qui a dit qu’on pouvait ! ». Hugo aura mon dessert en plus du sien demain au déjeuner. Elle est aussi rouge que sa chemise de bûcheron à carreaux. Le directeur, furax, file dans son bureau pour appeler les parents et les interroger sur l’avenir de la chevelure de leurs enfants.

 

 

 

L’irréductible lesbienne inspecte  avec horreur les dégâts capillaires occasionnés. Armé de mon sourire le plus triomphant du monde, je lui tends ma paire de ciseaux…

21.10.2007

Un peu d'air

Toutes les fenêtres sont fermées. Elles restent closes la nuit  et le demeurent au petit matin.  Car  malgré ce ciel bleu et ce soleil étincelant, il fait froid. On n’entend donc pas le bruit de la circulation sur le boulevard juste à côté. Quand bien même les fenêtres seraient ouvertes, on n’entendrait que le piaillement des trop rares oiseaux. La radio reste muette. Un bol fumant et appétissant de chocolat chaud trône sur mon bureau. Mes pantoufles ne vont pas me quitter pendant au moins quelques heures aujourd’hui. C’est dimanche matin, le temps d’écrire.

 

 

J’aurais pu trouver le temps d’écrire depuis dix jours déjà. Je n’ai pas un agenda de ministre. Je ne suis, après tout, qu’un étudiant avec un job, un homme et des amis. Si j’arrive à jongler avec tout ça, j’avoue avoir du mal à consacrer du temps à ma petite personne pour  me détendre et écrire. Je lis, je joue, je cuisine pour me détendre mais pour écrire, je dois déjà être détendu, l’esprit concentré sur le seul fait d’écrire. Du moins, ce sont les conditions nécessaires actuellement. Car il y a quelques mois j’écrivais un peu partout, que cela soit dans un amphi bondé ou au soleil sur un banc. C'est comme si mes idées, voir mes sentiments, étaient complètement  barricadés derrières ces fenêtres closes de nuit comme de jour et qu'en définitif, leurs moments de liberté n'étaient pas assez  nombreux. Il faut savoir aérer son intérieur.

 

 

Je suis préoccupé par beaucoup de choses. Vous finirez par presque tout savoir comme d’habitude. Mais pas maintenant. C’était prévu mais…

Je viens d’apprendre que les Worlds Apart se reformaient.

Trop de stress.  

09.10.2007

A vot' bon coeur ! (si vous en avez un)

Dans un monde parfait, le big mac n’existerait pas et le bon goût serait enseigné dès la maternelle.

Dans un monde parfait, les gens dans le métro seraient tous propres et leur transpiration ne serait qu’une légère brise d’été.

Dans un monde parfait, les maladies sexuellement transmissibles n’existeraient pas car de maladies, il n’y en aurait pas.

Dans un monde parfait, la tolérance prendrait tous son sens.

Dans un monde parfait, mes profs ne me feraient pas la surprise de leur absence, ils m’enverraient un texto pour me dire de rester bien au chaud sous ma couette

Dans un monde parfait, l’ambassade de Belgique distribuerait des paquets de frites aux pauvres.

Dans un monde parfait, on aurait toujours le droit à une seconde chance.

Dans un monde parfait, la culture ne serait pas relative à la taille du compte en banque.

Dans un monde parfait, je saurais faire les sushi.

Dans un monde parfait, on n’aurait pas besoin de religions.

Dans un monde parfait, je n’aurais jamais mal au cul.

Dans un monde parfait, on se déplacerait aussi vite qu’on mange une douzaine de macarons.

Dans un monde parfait, une œuvre aurait le prix qu’on est prêt à donner pour en jouir.

Mais… C’est possible ?

Le nouvel album de Radiohead sort demain et est disponible en téléchargement sur internet (www.inrainbows.com). Son prix sera le vôtre ! Le groupe n’est plus en contrat avec sa maison de disques depuis 2006, la musique va directement du producteur au consommateur.

Je ne suis pas fan. Cependant, il me semble que c’est un comportement à encourager.

Un pas vers un monde parfait ?

Nan, les gens n'auront jamais fini de puer.

 

07.10.2007

Thermostat 9

Cette semaine, un matin, en cours de littérature, je me suis senti vraiment mal. J’ai senti mon cœur se serrer.

La faute à un bouquin. Je l’ai lu plein de fois ce bouquin. Et jamais ce passage n’a attiré mon attention ou alors très peu. Mais ce matin, c’était différent. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être que je suis stressé en ce moment et que je suis plus réactif. Ou alors l’intonation de la personne qui a lu. J’ai cru que j’allais devoir sortir de la salle. Dehors, prendre l’air frais, pour me calmer. Ne pas m’écrouler à genoux et chialer.

 

 

C’est l’histoire d’un homme qui découvre à quel point sa femme est importante à ses yeux lorsqu’elle n’est plus qu’un tas de cendres. Lorsqu’il n’entend plus sa voix. Ne sent plus son parfum. Lorsqu’il voit que ses pantoufles sont toujours rangées à la même place. Elle n’existe plus que par le vide. Le vide qu’elle a laissé avec quelques gribouillis sur le carnet du téléphone.

 

 

Sa voix j’aimerais bien l’entendre. Juste une fois. Pour être sûr qu’elle est fidèle à mon souvenir. Son parfum, j’en ai une bouteille dans la salle de bain. Je ne l’ai pas senti depuis trois ans. Peut-être est-il temps ? Les gribouillis, je les ai. Des cartes d’anniversaire ou de félicitations. Je les ai regardé il y a six mois, dans mon ancienne chambre, celle où j’ai grandi. J’ai pas pleuré. J’ai pas réussi.

 

 

J’ai attendu mon père mourir tout un après-midi. Ce que ça peut être long un après-midi. J’ai même été acheté un jeux vidéo, histoire de faire quelque chose de mes mains, et d’avoir l’esprit occupé. L’hôpital nous appelait, il fallait vite venir. Une fois arrivé, on nous disait que non, c’était pas encore le moment. On restait un peu avec lui. Je pressais sa main toute chaude et douce. Gonflée à cause des médicaments, potelée comme celle d’un bébé. Et puis il est mort en fin d’après-midi il me semble.

 

 

 

Le lendemain matin, je n’avais que ça en tête. Il était partout. Le vieil homme dans la rue ma rappelait que mon père, lui ne connaîtrait jamais la vieillesse. L’enfant me rappelait qu’il ne connaîtrait jamais les miens aussi improbables fussent-ils. Et bien sûr, l’enfant donnant la main à son père me rappelait tout ce que je n’avais pas eu ou tout ce dont je ne me souviens pas.

 

 

Car si seulement je pouvais me souvenir à quel point c’était un bon père.

Non, ces souvenirs enfantins sont perdus pour la plupart et je n’ai plus que ceux de l’adolescence où je me cherchais et où nous cherchions continuellement jusqu’à en venir aux mains. C’est vrai qu’il était con et borné mais je l’étais tout autant. Pourquoi n’a-t-il pas pris sur lui ? C’était à lui de le faire, pas à moi. C’est dans l’ordre des choses d’être con lorsqu’on est ado.

 

 

 

Je vivais mon adolescence et lui sa déchéance. Jusqu’au jour où il a fini dans un four pour me laisser seul avec mes regrets. Et chaque jour, un de plus vient s’ajouter aux autres, bien malgré moi.

02.10.2007

Tu veux un bout de mon coeur ? C'est de la guimauve.

Un mois déjà que je travaille dans une école maternelle. Loin d’être une vocation, c’est juste le bon plan qui permet de gagner un peu, tout en étant bien au chaud, sans le moindre client con, et pour couronner le tout : un repas équilibré. Il m’aura suffit d’avoir le cul bordé de nouilles et de rencontrer la bonne personne au bon moment pour me retrouver entre le dortoir et la cantine.

Seulement voilà, moi les enfants, j’aime pas. Bruyant, puant, remuant, un gosse c’est comme un mec. Sauf qu’un mec comprend, généralement, quand on lui dit de se la fermer et qu’il est muni d’attributs valant la peine qu’on lui porte une légère attention. A noter, que fidèle à moi-même, je me lasse de tout très vite et que ma patience est aussi grande que Sarkozy (toute petite).

Autant dire que si je partais gagnant, parce que je pars toujours ainsi, je savais que cela serait un défi pour moi, au pire un supplice, de garder ce job toute une année.

 

 

La première semaine, j’ai fait pleuré une table de six enfants.

Moi : C’est du poisson, tu en veux ? 

Eux :  Du poisson ? Comme Némo ? 

Moi : Oui.

Eux : On mange Némo…

La rumeur se répand rapidement : Némo est dans leur assiette. Ils se mettent tous à pleurer les uns répondant aux autres. Je devrais leur prouver que ce n’est pas Némo puisque le poisson dans leurs assiettes est blanc et non pas orange et bleu. Ouf !

La deuxième semaine, j’ai failli circoncire pour la deuxième fois le petit Mohammed. Le petit Momo aurait porté ce surnom à vie s’il n’avait pas crié. Quelle idée de me mettre une arme de catégorie six entre les mains : la braguette.

Depuis, j’en ai presque assommé un à l’aide d’un ballon et Hadrien est tombé dans la cuvette par ma faute.

 

 

A chaque fois que je sors de cette école je suis crevé mais armé d'un grand sourire.

Je m’y suis attaché à ces petites choses. Alors que je les trouvais collant au début, je m’inquiète à présent de ne pas les voir se cramponner à mes jambes.

 

 

Je n’irai pas jusqu’à dire que j’aime les enfants. Disons que j’apprécie ceux âgés de deux à cinq ans à partir du moment où leur présence m’est obligatoire.

L’innocence, la candeur, les sourires, les rires, les petites mains toutes collantes, la joie de vivre… Tout ça me touche et bien plus encore. Qui l’eût cru ? Quand je pense qu’ils seront certainement des adultes que je détesterai un jour alors que ce midi je riais avec eux quand bien même j’avais un slip Spiderman plein de merde dans la main droite.

 

 

Les enfants, c’est bien parce que c’est pas encore assez humain. Du moins, jusqu’à ce que leurs parents arrivent…

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