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18.09.2007

Qui a pris mon humanité ?

La Braderie est déjà loin, et si on peut y faire de mauvaises rencontres comme des moules tellement peu fraîches qu’elles tentent de vous convaincre de ne pas les manger ou bien des patrons de restaurants (notez que c’est généralement chez eux qu’on retrouve les moules parlantes) qui vous annoncent à la dernière minute qu’ils ne vous payeront que six euros de l’heure, on peut aussi faire connaissance avec des gérants de restaurants tout à fait sympathiques et appréciant votre travail. Aussi après avoir travaillé pendant toute la Braderie, m’appelle-t-on certains soirs de la semaine pour jouir de mes services de serveur.

 

Hier fut un de ces soirs. Bien content de finir à 23h et en plus d’être gentiment raccompagné chez moi, je me dirige vers ma porte d’entrée. Je suis tout content de finir tôt, de retrouver mon chéri et je pense à la bonne part de tarte aux pommes et à la cannelle de jolie-maman qui m’attends dans le frigo.  Bien sûr tout était trop beau, il fallait obligatoirement quelque chose pour venir ternir mon petit moment de bonheur : les poubelles éventrées et leur contenu répandu sur le trottoir. Non seulement ce n’est ni hygiénique ni esthétique mais en plus, je n’ai pas envie que ce que je jette soit étalé ainsi à la vue de tous. Mais là ce ne sont pas les poubelles que j’ai descendues en partant bosser. Non, je n’ai rien jeté qui ressemble à un ballon recouvert de poils. Les gens peuvent avoir de ces trucs bizarres chez eux. Quelques pas supplémentaires et je me rends compte que cela sent le vin bon marché. Je me dis donc automatiquement que ce sont les poubelles de mon voisin de palier. Deux pas de plus et j’aperçois un pantalon clair étendu par terre. Il prolonge bizarrement le ballon recouvert de poils. Je plisse les yeux pour tenter de percer la pénombre. Mon rythme cardiaque s’emballe tandis que mes jambes accélèrent vers la porte de l’immeuble.

 

Alors que je peine à faire pénétrer la clef dans la serrure, je réalise qu’il y a quelqu’un qui dort sur le trottoir devant chez moi. Je referme la porte derrière moi, choqué. Un sentiment de culpabilité m’assaille immédiatement. Il y a quelqu’un dehors, allongé sur le sol et tout ce que je trouve à faire c’est me réfugier chez moi ? J’aurais dû lui demander si ça allait. Mais il empestait l’alcool, s’il avait eu une mauvaise réaction ? Je pense qu’il ou elle est simplement assoupi(e), vu la position de son corps cela ne peut pas être un malaise. Enfin, suppose… Appeler la police municipale ? Pour qu’il le passe à tabac s’il réagit mal ? Après tout, il ne fait rien de mal, il n’embête personne, il dort juste. Comment puis-je me dire que c’est mieux pour cette personne de dormir dehors ? Je n’ai même pas une couverture à lui porter. Et si j’en avais eu une l’aurais-je seulement fait ? J’ai oublié mon morceau de tarte pour me coucher directement en pensant qu’il y avait quelqu’un dans la même position que moi dehors, sur le sol, collé au mur pour se protéger du vent.

 

Quand je sortirai le lendemain matin pour aller travailler, il sera toujours là, la tête dans un sachet pour se protéger de la pluie et recouvert de cartons. Seul fait rassurant, il aura changé de position dans la nuit. A mon retour, il ne sera plus là. Seules traces de son passage, les sacs poubelles éventrés. Mes poubelles à moi. Maintenant quand je jette quelque chose, je ne peux pas m’empêcher de penser que cela servira peut-être à quelqu’un, que ce soit un morceau de tarte à moitié entamé ou une couverture miteuse.

 

 

Quand je me suis installé sur Lille, j’ai reçu tout un tas de guide de la part de la mairie afin de me permettre de profiter au mieux de cette magnifique ville si heureuse de m’accueillir.

Aucun n’indiquait comment réagir à cette situation.

Commentaires

Doit y avoir un samu social chez vous, sinon les pompiers sont aptes à s'en occuper en général. Tu aurais juste passé 1/2 heure au bigo à expliquer en long en large et en travers la situation... :-/

Ecrit par : Didier | 19.09.2007

Ou tu peux te dire qu'il y a une centaine de personnes qui l'ont vu là et n'ont rien fait non plus. Au moins tu penses encore.

Ensuite, tu te rassures quant à la teneur de la société, tu loues ses rouages bienveillants qui rampent jusque dans nos cerveaux, leur imposant des réflexes apeurés, et tu espères n'être jamais à sa place en mangeant ta tarte aux pommes.

Ecrit par : Garg | 19.09.2007

Didier >>> Je ne savais même pas que le samu social existait...
Garg >>> La tarte était vraiment délicieuse.

Ecrit par : Matt | 20.09.2007

Quelle horreur !
J'avoue je n'aurai rien fait de plus...

Ecrit par : T. | 20.09.2007

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